Les idées socialistes ou étatistes à outrance ont prouvé qu'elles n'étaient pas réalistes, ne convenaient pas et étaient indissociables d'un mécanisme liberticide. Par ailleurs, il apparaît que de tels système sont ruineux financièrement. Une fois posé ceci, il faut cependant se garder de certaines hystéries et lieux communs trop souvent assénés. Ainsi, il faut arrêter de croire que la dette, les déficits publics, sont les principaux problèmes de la France. Bien sûr qu'il faut maîtriser les dépenses publiques, et que dans l'idéal une baisse des impôts serait la bienvenue. Maintenant il y a endettement et... endettement. Le bon et le mauvais.

Ce que l'on nomme « mauvais endettement » est celui qui sert simplement aux dépenses de la gestion des affaires courantes, aux dépenses de fonctionnement. Celui-ci est relativement stérile. Pas en totalité, car il sert néanmoins à entretenir un service public et une administration somme toutes assez efficaces et à maintenir un niveau de consommation élevé via des systèmes sociaux généreux.

Cependant, il peut aussi y avoir un « bon endettement », celui qui sert à préparer les dépenses d'avenir afin d'augmenter nos perspectives de croissance, donc nos revenus futurs et ainsi de permettre par la suite une réduction de ce même endettement.

C'est cette théorie des « dépenses productives » qui ont permis à la France, sous le Second Empire de Napoléon III, de devenir la deuxième puissance économique mondiale (devant les États-Unis... repassés en troisième position). L'État s'endettait alors et aidait au financement des infrastructures, des transports, de la modernisation de l'économie en mettant en place - avec quelle avance sur son temps ! - un système de partenariat public-privé. Si le MEDEF, abandonnant le dogmatisme libéral idiot, se rallie à cette idée pragmatique (comme il semble vouloir le faire), tant mieux ! Si les syndicats peuvent comprendre que ce n'est qu'ainsi que nous pourrons améliorer le pouvoir d'achat des Français, que la croissance est le moteur de tout, tant mieux également !

La France ne doit ni être libérale, ni socialiste. Elle doit élaborer un système économique qui marche, se moderniser, devenir la première puissance économique européenne devant l'Allemagne (puisque nous avons déjà réussi à reprendre la deuxième place au Royaume-Uni). Là est sa vocation : celle d'être le chef de fil de l'Europe. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons faire triompher nos conceptions au niveau de l'Union européenne.

Le Grand Emprunt, lancé par le Président de la République Nicolas Sarkozy, est donc, selon les critères posés auparavant, de la bonne dette, car nous devrions en toucher les dividendes à terme. L'État a toute sa place dans l'économie, il doit y jouer un rôle moteur et volontaire d'orientation, d'impulsion. C'est ensuite au marché qu'il revient d'effectuer ces modernisations, car l'État n'a pas à se substituer à l'initiative privée.

La dette publique, un réel problème ?

Mais tous ces débats repose sur une incompréhension entretenue par quelques dogmatiques invétérés. En réalité, on ne rembourse jamais en totalité une dette publique : on en rembourse les emprunts, au moment même où d'autres emprunts sont contractés. C'est-à-dire que la Nation a toujours été, est toujours et sera toujours endettée. Le seul pays européen qui n'avait pas de dette publique ou très peu, la Roumanie de Ceaucescu, n'avait rien : ni infrastructure, ni système social (le comble dans un système communiste). Est-il nécessaire de rappeler comment tout cela s'est terminé (et l'oppression de son régime n'explique pas tout) ?

L'ambition n'est donc pas de résorber totalement la dette publique mais en partie. Ainsi, il suffirait d'une dette publique équivalente à 50% du PIB pour que la France n'ait plus à s'en soucier (à condition de rester aux alentours d'un tel taux). Dès lors, l'État aurait comme mission de rembourser les créanciers au fur et à mesure mais sans faire de réduction de dette. La dette publique est vitale au développement économique, social, technologique, militaire et infrastructurel d'un pays.

Par ailleurs, il est primordial de préciser que les chiffres sont en grande partie biaisés. Afin d'avoir un jugement plus avisé, il conviendrait de parler de dette publique-privée cumulée : cela serait plus juste. Et lorsque l'on cumule les deux la France est au même niveau de l'Allemagne !!! Oui, elle a 180% de dette/PIB ; contre 230% pour les États-Unis et le Royaume-Uni et plus de 300% pour le Japon !

Une chose donc que l'on oublie souvent, c'est qu'en France l'État s'endette en grande partie à la place des ménages (ne serait-ce qu'avec la couverture sociale), quand les ménages anglo-saxons s'endettent à la place de l'État : or tôt ou tard, cela se paye (la crise actuelle en est un exemple), montrant que la première solution est plus efficace. C'est le surendettement des ménages qui a été à l'origine de la crise, et non l'important endettement de l'État français ou de ses voisins occidentaux. En 2010, la dette privée des ménages britanniques sera toujours une fois et demi plus importante que celle des ménages français et la dette publique anglaise aura dépassé celle de la France (92% contre 91%) ! Comme quoi... la France n'est pas en si mauvaise posture que les idéologies dogmatiques budgétaristes (souvent avancées par les libéraux les plus acharnés) veulent nous le faire croire. La France est endettée, trop. Mais elle n'est pas danger. Elle se porte même mieux que nombre de ses voisins. Tout n'est qu'une question d'idéologie, de perspective. La pensée dominante se penche avant tout sur l'endettement des États. Elle commet une erreur.

L'Union européenne aussi, comme trop souvent par ailleurs en matière économique, se trompe. Encore une fois, l'Europe n'a rien retenu, rien oublié. Elle continue son dogmatisme du Pacte de stabilité et de croissance et se veut toujours aussi libérale. Or, l'UE – magnifique projet commun porté par les Nations européennes –, devrait se faire l'alliée des Peuples, des États, non le relais d'une idéologie dont l'échec est patent. Désolé pour ceux qui crient avec les loups, mais c'est Henri Guaino le plus clairvoyant sur ce sujet...

Une décentralisation à repenser

Enfin, pour en revenir au sujet politique de la semaine, parlons de la réforme territoriale.
Au risque de décevoir certains qui espèrent ainsi en finir avec le sujet, cette réforme ne peut constituer qu'une étape, nécessaire cependant, car nous ne sommes plus à l'époque de Napoléon Bonaparte qui de son seul chef pouvait décider de changer totalement notre organisation territoriale.

La solution, l'unique solution, passe par une recentralisation modérée. De ce point de vue, nous nous engageons dans la bonne voie. Depuis des années, il était angoissant de voir tant de Français approuver cette décentralisation très mal faite et dangereuse pour l'unité nationale. Il est heureux de remarquer que les Français ouvrent enfin les yeux : tant mieux. La décentralisation nous coûte cher au niveau local (hausse des impôts, handicap quant à la compétitivité de nos entreprises, conflits et querelles de compétences, etc.) et national (contre-pouvoirs au pouvoir central national nuisant à son action qu'elle soit de gauche ou de droite, essor des régionalismes et indépendantismes, atteinte à l'unité et à la cohésion nationale, etc.). Or, la décentralisation n'a pas vocation à détruire la Nation.

En effet, ces collectivités ne doivent pas oublier qu'elles font partie de la Nation : elles ne sont pas indépendantes, ni même autonomes (quoi qu'il y a sur ce dernier point débat de doctrine) ! Il n'y a donc absolument rien de choquant à ce que l'État puisse supprimer un impôt local, réorganiser totalement la carte territoriale sans demander leur avis aux concernés ou encore décider que les collectivités seront financées par des dotations centrales... ce qui est d'ailleurs l'unique solution viable à la suppression de la Taxe professionnelle. La Nation prévaut sur la collectivité locale. Il serait dangereux de revenir sur ce principe.

Allons plus loin et débordons sur ce vers quoi doit s'engager la future réforme des collectivités territoriales qui succèdera à celle que nous engageons actuellement (car il est une certitude qu'une autre succèdera à celle-ci).

La simplification de notre maillage territoriale doit nécessairement passer par la recentralisation...

Sept grandes régions administratives suffiraient : Nord (rassemblant Picardie et Nord-Pas-de-Calais), Nord-Est (Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Champagne-Ardenne), Centre (Centre, Bourgogne, Limousin, Auvergne), Sud-Est (Rhône-Alpes, PACA, Languedoc-Roussillon, Corse), Sud-Ouest (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Poitou-Charentes), Nord-Ouest (Bretagne, Pays de la Loire, les deux Normandie) et Île de France. Il ne faut bien entendu pas oublier les DOM-ROM (anciens DOM-TOM) mais il n'y a pas lieu de toucher, tant que les résultats du référendum de 2010 nous sont inconnus.

Concernant les départements, il n'est nul besoin de les supprimer. Ils sont à la bonne taille. Ils ont leur mission, elle est utile. Bien plus que la région même, car à l'inverse des régions - qui peuvent engager un renouveau du régionalisme dangereux pour l'unité nationale - le département n'est pas un danger pour la République une et indivisible. Par ailleurs, ceux-ci représentent un héritage de la Révolution et ont un aspect très républicain qu'il convient de conserver : ils constituent un symbole.

Il est nécessaire que toutes les communes de France soient regroupées dans de grandes Intercommunalités au nombre de 3 000 maximum, à qui l'on donnerait les compétences principales de nos 36 000 communes. Les communes actuelles se contenteraient alors de la petite gestion quotidienne de moindre importance, tels des quartiers.

Le principal problème quant aux coûts résultent avant tout dans le nombre de fonctionnaires des collectivités territoriales dont l'augmentation annuelle est absolument ubuesque ! Nombre de services assumés par des collectivités (telles les réfection de voiries, etc) au travers des services techniques municipaux pourraient être assumés par le secteur privé dans le cadre d'un contrat administratif.

Enfin, concernant le modèle démocratique de la décentralisation, il faudra bien se poser la question de son échec manifeste. C'est pourquoi il est important de se poser la question de supprimer un des deux conseils. Le conseil régional ou le conseil général ne pourront plus longtemps cohabiter : un des deux devra disparaître. Ainsi, suivant celui supprimé, le Préfet de la collectivité sans assemblée élu gèrerait cette dernière. Dès lors, et selon le choix opéré encore une fois, seul le département ou la région aurait un conseil élu. Il est nécessaire de ce point de vue d'avoir une clarification et ce n'est folie que de garder deux conseils.

Cependant, il convient de reconnaître qu'à défaut, l'idée d'un conseiller territorial, relativement brillante bien qu'entachée du « crime » de la dose de proportionnelle, siégeant au conseil général et régional, peut être satisfaisante. Dès lors il n'y aurait plus de conflits entre conseil régional et conseil général et c'est bien là l'essentiel.

C'est ainsi que nous obtiendrons une véritable simplification de notre structure administrative territoriale.

Certains parlaient il y a dix ans d'Europe des régions. Ce thème est depuis tombé en grande désuétude. Pourquoi ? Parce que depuis, il y a eu des refus francs et massifs d'une disparition des Nations de la part des Peuples, les gouvernements dans leur grande majorité leur emboitant le pas (notamment parce que les partis européens de droite sont moins fédéralistes que ceux de gauche).

Ainsi, il est possible d'affirmer qu'en l'état actuel des choses, l'Europe des régions ne verra jamais le jour. Parce que, l'Europe fédérale ne verra jamais le jour (et d'ailleurs ce n'est pas à espérer en l'état). L'Europe doit donc se construire, être approfondie et rendue plus efficiente, plus proche des Peuples, mais non se substituer aux États. Concernant les régions, des rapprochements transfrontaliers sont possibles, parfois souhaitables. Mais la constitution de régions ne l'est pas, car des régions européennes se révèleraient être un danger pour l'unité nationale.

Les Nations ont vocation à survivre, vouloir les tuer serait une erreur et se couper des Peuples.
Maintenant, loin de vouloir revenir à « Paris et le désert français », il est au contraire nécessaire de faire des régions fortes, structurées mais capable de peser au niveau international ; tout en évitant les écueils dangereux pour l'unité nationale du régionalisme. Et il devient évident que pour faire face internationalement, il faut recentraliser, non pas à Paris, mais au niveau de structures régionales moins nombreuses et plus fortes économiquement et démographiquement.

La décentralisation menée en 1982 et 2003 a échoué : il faut donc en changer. Et recentraliser sans pour autant revenir au centralisme jacobin. Il nous faut donc inventer une nouvelle centralisation, mais qui n'aura rien à voir avec celle que nous ont légué les Rois, les Empereurs et les jacobins. Le monde a changé. Mais loin de devoir copier ce qui se fait à l'étranger – qui est la régionalisation – nous devons réinventer notre modèle, en restant fidèle à ses principes.