C'est à n'y plus rien comprendre. Il y a dix jours, alors que la manifestation contre la réforme des retraites battait son plein, le gouvernement annonçait que le risque d'attentat terroriste pesant sur la France était des plus accrus. Tous, syndicats comme opposition, ainsi que médias, y ont vu alors une manipulation de Nicolas Sarkozy et ses ministres afin de détourner l'attention des Français du conflit social, afin de leur faire très peur, espérant certainement ainsi décourager bon nombre de nos concitoyens d'aller manifester. L'affaire était entendue. Le gouvernement mentait et ne recherchait qu'à terroriser les Français avec toutes ces histoires de terrorisme. Et ceux-ci n'en avaient vraiment pas besoin, alors que celui-ci tentait de leur faire avaler la couleuvre de l'ignominieuse et injuste réforme des retraites (sur laquelle, c'est certain, il y aurait beaucoup de choses à redire, de l'inégalité de traitement public-privé-régimes spéciaux, à la mort des mesures réservées aux mères de famille...). Ségolène Royal l'affirmait, péremptoire : « il y a une part de mise en scène (…) La lutte contre le terrorisme est une action sérieuse et discrète, incompatible avec l'annonce de pics d'alerte... comme par hasard pendant les mouvements sociaux. » Si « FRA-TER-NI-TÉ » le disait, c'est que c'était vrai enfin ! Martine Aubry, secrétaire-général du Parti socialiste, et Jean-Marc Ayrault, président du groupe des députés socialistes à l'Assemblée nationale, dont chacun connaissait l'honnêteté intellectuelle ne disaient d'ailleurs pas autre chose.

Le gouvernement ne communiquait que pour faire peur. Et il n'aurait pas dû. Si danger il y avait, il aurait dû ne rien dire, agir et lutter contre le terrorisme islamiste sans pour autant en avertir la société civile, qui, vraiment, devait absolument se concentrer sur les retraites. Et notamment sur le plus important, à savoir qui du gouvernement ou des syndicats falsifiait le plus les chiffres du nombre de manifestants : en effet, c'était déterminant pour l'avenir de la France. Moi, je veux bien, n'ayant jamais été un grand partisan de la communication à tout-va sur les affaires d'ordre sécuritaire, et considérant par ailleurs que réaliser la meilleure réforme des retraites possible est capital pour l'avenir de notre système par répartition et des générations futures qui auront à en supporter le poids et les conséquences. Cependant... les mêmes qui ont critiqué la communication du gouvernement et les propos alarmistes du chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, n'auraient-ils pas été encore plus critiques si nos services anti-terroristes n'avaient pas réussi à démanteler un nombre incalculable d'attentats, que le pire se fut produit, et que le gouvernement, n'ayant pas voulu affoler les Français, avait gardé silence radio ? Je suis prêt à parier que le flot de critiques sur la gestion de la lutte contre le terrorisme menée par le gouvernement aurait été encore plus impressionnant.

Le problème, c'est que toute cette rhétorique tombe à l'eau depuis deux jours. En effet, à moins que le gouvernement ait réussi à entrainer la Grande-Bretagne, les États-Unis et l'Allemagne dans son complot pour détruire le mouvement social s'opposant à la réforme des retraites, peut-on m'expliquer pourquoi le département d'État américain demande à ses citoyens de « se montrer particulièrement vigilants » et de « prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer leur sécurité pendant leurs voyages » (un article du Monde le confirmant, si vous n'avez pas confiance dans Le Figaro) ? Et pourquoi la Grande-Bretagne ferait écho de « fortes menaces terroristes » en France ? Décidément, Nicolas Sarkozy aurait le bras bien long. Mais puisque l'on vous dit que Sarkozy n'est qu'un menteur et un manipulateur ! Oui... mais là où le bat blesse, c'est que le PS, et toute la gauche française, voire même toute la classe politique française en réalité, ont un nouveau Dieu : Barack Obama. Critiquer Obama équivaut à un blasphème en France, de nos jours... Comment le PS va-t-il dès lors s'y prendre pour dénoncer le complot de la peur sarkozyste si même Obama s'y met ? Gageons qu'ils sauront faire preuve d'imagination. Ou qu'ils retourneront leur veste. Après tout, ce sont des coutumiers du fait.