En ce moment, l'actualité foisonne d'informations toutes plus intéressantes les unes que les autres. J'aurai pu traiter ainsi de mille choses différentes dans ce billet, mais finalement je me contenterai de parler de trois sujets cruciaux, à mes yeux (et comme je suis l'unique auteur, je revendique le droit à la partialité dans l'examen de « crucialité » des sujets). Primo, la réforme des retraites bien entendu et la flambée de violences que notre pays a connu en lien avec les manifestations qui l'on accompagné. Secundo, de la « victoire » française obtenue par Nicolas Sarkozy (et vous allez comprendre pourquoi je mets des guillemets) face à l'Allemagne d'Angela Merkel (que je tiens néanmoins à féliciter pour avoir eu le courage que le multiculturalisme menait à sa perte l'Allemagne – ce qui est valable pour la France, évidemment) à propos des sanctions pour déficits excessifs des États membres de la zone €. Enfin, tertio, de la crise politique belge qui n'en finit pas.

Le mouvement social dégénère ? Il faut rétablir l'ordre républicain

Comme l'on pouvait s'y attendre, l'entrée des lycées dans le mouvement social d'opposition à la réforme des retraites a engendré des violences et des actes de vandalisme. Comme à chaque fois depuis maintenant vingt-quatre ans et la mort de Malik Oussekine en 1986 lors des manifestations contre la réforme Devaquet. Mais ce que l'on voit apparaître depuis les manifestations anti-CPE de 2006, c'est l'intrusion d'éléments perturbateurs, de casseurs, de « racailles » parmi les manifestants. Ceux-ci, loin de se préoccuper des conséquences sociales, économiques et nationales des divers projets gouvernementaux, se désintéressant totalement du débat public (et pour cause, ils ne sont pas politisés), se servent uniquement de ces mouvements pour détruire. On peut dès lors, affirmer qu'il s'agit de barbares, saccageant, rançonnant et pillant par pur plaisir, par mauvaise éducation et par rejet de ce qui symbolise la civilisation avancée, notamment les symboles de la France républicaines, comme le montre l'incendie volontaire d'un collège. Ne pas faire le lien en l'immixtion des voyous dans le mouvement, et cet acte criminel, serait faire preuve d'une grande cécité, d'où mon affirmation pour le moins péremptoire. En tout état de cause, appeler les jeunes à descendre dans la rue, comme la fait Ségolène Royal, était totalement irresponsable ou alors relevait d'un profond cynisme, sachant qu'il était évident que la violence allait faire son entrée dans un mouvement qui, jusqu'à présent, était pacifique.

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Des voyous trainant en marge des manifestations contre la réforme des retraites accomplissant leurs bonnes oeuvres

En tout état de cause, le gouvernement doit se montrer ferme avec cette mauvaise engeance qui déshonore les noms de « jeunes » et de « manifestants » et font un tort immense au mouvement social, comme aux banlieues dont ils sont pour l'immense majorité originaires. Car, même si je suis sur une position opposée aux grévistes et manifestants, il me paraît normal et naturel que ceux-ci exercent leur droit constitutionnel à la grève et à la manifestation, à l'heure où la réforme a été adoptée par le Sénat. En fait, je vais l'avouer. Je suis fier de voir les Français manifester : oui, cela paraît incohérent avec les positions que je défends, mais j'aime voir ce Peuple rebelle et révolutionnaire que l'on appelle Peuple français refuser la fatalité, surtout lorsque j'entends les étrangers nous féliciter de protester, même si une réforme est nécessaire, et de combattre l'esprit néo-libéral dominant, comme si nous luttions par procuration pour tous les autres Peuples... Cependant, ces grévistes doivent également veiller à ne pas entraver les citoyens souhaitant étudier ou travailler, et donc à ne pas se montrer irrespectueux des droits et libertés d'autrui, comme cela se fait trop souvent malheureusement. Ces images de violences sauvages et de blocages illégaux dans tout le pays, ont fait un grand tort à l'image de la France (et a fortiori du mouvement). Je m'en suis rendu compte cette semaine, alors que jusqu'à présent tout se passait très bien (et le retentissement médiatique en Espagne y fut bien plus grand que la petite polémique sur l'expulsion des Roms, d'ailleurs refermée). Et je dois avouer qu'il n'y a rien de plus désagréable à mon cœur que de se prêter à l'exercice visant à expliquer pendant dix minutes, dans une langue étrangère, devant quarante personnes, en plein cours, ce qui se passe en France et que, non, mon pays n'est pas en guerre civile, contrairement à ce que peuvent dire les noticias.

Dès lors, en tout état de cause, on ne peut qu'approuver la décision du gouvernement de débloquer les raffineries d'essence dans le pays, lesquelles faisaient toutes l'objet de blocus, ceci tant au mépris de la liberté de travailler que du droit de propriété puisque les grévistes, aux dernières nouvelles, ne sont pas propriétaires de ces lieux. Dans un pays où règne l'État de droit, une telle situation ne peut être tolérée. Ainsi, le déblocage de la raffinerie de Grandpuits, laquelle s'est faite par la force, est logique, normal et nécessaire, n'en déplaise aux bonnes âmes. Le gouvernement se doit de faire respecter l'ordre républicain partout. J'attends donc désormais qu'il se montre de la plus extrême sévérité avec les casseurs, en espérant que pour une fois il soit suivi par notre justice (ce dont je doute). Peut-être aussi devrait-il arrêter de tolérer les zones de non-droits qui peuvent exister dans certaines villes de France et de Navarre et d'où sont originaires ces mêmes casseurs ? Il vaudrait mieux traiter le problème à la source qu'en aval : ce serait plus efficace.

Pour une fois c'est la France qui « gagne » !

Pendant ce temps, en plein mouvement social, le lundi 18 octobre, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont rencontrés à Deauville, en marge du sommet France-Allemagne-Russie (le président russe Dmitri Medvedev les ayant rejoint dans la soirée), afin d'aplanir leurs différents, notamment sur l'Union européenne. L'enjeu était de savoir si un accord sur la « gouvernance économique européenne » (un mot fourre-tout signifiant « moyen de punir les méchants États vraiment pas gentils qui dépensent trop et ne font pas comme la gentille Allemagne qui elle a bien compris qu'il ne fallait surtout pas dépenser, mais au contraire tirer sa croissance de ses exportations, c'est-à-dire en plumant ses voisins européens, dont la France ») allait enfin pouvoir être trouvé. Car l'Allemagne exige que les sanctions envers les pays ayant des déficits dits « excessifs » soient renforcées de manière à instaurer une sévère discipline budgétaire en Europe... alors même que la crise économique et sociale n'est pas terminée et que la croissance reste vacillante. Stratégie idoine, assurément... comme le Royaume-Uni du conservateur David Cameron va bientôt en faire l'amère expérience avec son programme visant à faire 81 milliards de £ d'économies, 29 milliards de hausse d'impôts et 500 000 fonctionnaires licenciés, rien de moins !

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Le Président de la Fédération de Russie Dmitri Medvedev, la Chancelière de la République fédérale d'Allemagne Angela Merkel et le président de la République française Nicolas Sarkozy, à Deauville, lundi 18 octobre 2010, lors de la réunion du  « G3 » franco-germano-russe

Finalement, un accord a pu être trouvé entre le président de la République française et la Chancelière de la République fédérale d'Allemagne. Or, surprise ! Pour une fois, Nicolas Sarkozy ne s'est pas aplati comme une lopette mais a défendu bec et ongles ses positions, et c'est Angela Merkel qui a dû s'incliner. Lorsque l'on vous dit que si la France baisse la tête depuis vingt ans face à l'Allemagne c'est parce qu'elle refuse de montrer les gros bras ! Ainsi donc, ce n'est pas la Commission européenne, institution fédéraliste, mais le Conseil européen, organe intergouvernemental s'il en est, qui aura la maitrise de dire si oui ou non des États pourront être sanctionnés pour déficit excessif. Avec le soutien de l'Italie et de l'Espagne derrière elle, la France pouvait en effet imposer son point de vue à l'Allemagne cette fois-ci, laquelle n'était soutenue que par les Pays-Bas, la Finlande et la Suède.

Seulement, cela reste une victoire à la Pyrrhus. Déjà, parce que cela sera inscrit dans les traités, ce qui montre, tout d'abord que le Traité de Lisbonne est bel et bien mauvais (ce n'est pas une grande nouvelle, on le savait déjà) et désormais caduque, mais surtout qu'une nouvelle fois on va institutionnaliser une règle de politique économique, ce qui est profondément idiot car manquant grandement de souplesse (et ce qui oblige en permanence à violer les traités européens... après tout s'il faut cela !). De plus, la décision sera prise à la majorité qualifiée (toutes mes excuses à Laurent Pinsolle pour lui avoir soutenu le contraire sur son blog), ce qui est la démonstration d'un nouvel abandon de souveraineté, même si les critères de la majorité qualifiée étant si difficiles à réunir, on peut douter que les États (si ce n'est les quatre « orthodoxes » cités plus haut) n'engagent des poursuites contre un de leur pair, par peur aussi d'y être confrontés un jour. Enfin, et par dessus tout, c'est le fait même d'admettre que des individus ou organismes extérieurs au suffrage universel et non issus du Peuple français puissent dire à la France comment diriger son budget et la sanctionner en conséquences qui est profondément inadmissible. Comme renoncement à l'esprit démocratique, comme philosophie plus opposée à l'esprit de 1789, il est difficile de faire mieux. Oui, l'Union européenne reste bien l'« anti-1789 ». Mais bon, ne boudons pas notre plaisir... Pour une fois, nous avons « gagné ». La gageure de la « gouvernance économique européenne » a fait long feu et peut-être un frein à la fuite en avant permanente vers le fédéralisme a-t-il été activé... au profit du confédéralisme ? Un tournant décisif ou une simple victoire momentanée ? L'avenir seul pourra nous le dire.

La Belgique, un État en situation de mort clinique

Bien loin de toutes ces préoccupations, les Belges craignent pour la survie de leur pays. En effet, après des mois de négociations, les voilà toujours incapables de former un gouvernement. Depuis les élections législatives de juin dernier, francophones wallons et Flamands tentent de trouver un accord sur la future réforme de l'État belge (entendez par cette formule « nouvelle étape dans sa désagrégation »). Et depuis quatre mois, donc, ils échouent à trouver un terrain d'entente. Et comment pourrait-il en être autrement ? En Wallonie, c'est le Parti socialiste qui est arrivé en tête, c'est-à-dire le parti politique le plus attaché à l'unité de la Belgique. Et en Flandre, c'est le NVA (Nieuw Vlaamse Alliantie – Nouvelle Alliance flamande) de Bart de Wever qui l'a emporté, lequel est indépendantiste. On imagine dès lors avec aisance les difficultés pour trouver un accord... Et la perspective d'un nouveau scrutin ne semble pouvoir améliorer les choses puisque les sondages (à prendre avec des pincettes) annoncent un renforcement des positions respectives de ces deux partis.

Depuis des mois, les négociations butent sur le niveau du démantèlement de l'État fédéral belge. Le NVA souhaite que les politiques de l'emploi, de la famille et la justice soient confiées aux régions, ainsi que la moitié de l'impôt sur le revenu ! Des propositions inacceptables pour les Wallons, exaspérés d'être perçus dans leur propre pays comme à l'étranger (à cause de l'excellente propagande flamande) comme des boulets attachés aux pieds des Flamands, alors même qu'ils ont maintes fois mis la main au porte-monnaie, il fut un temps, lorsque les rôles étaient inversés, que la Flandre était en pauvre et la Wallonie industrielle florissante. Ils se refusent à une telle réforme, proposée par De Wever, qui signifierait l'acte de décès du fédéralisme et de la solidarité nationale. Et ce même personnage de remettre de l'huile sur le feu en annonçant qu'il allait très bientôt déposer une proposition de loi visant à acter la scission de l'arrondissement de BHV (Bruxelles-Hal-Vilvorde), le seul bilingue. Ce qui est considéré comme un acte de guerre par les francophones... ce qui est précisément l'effet recherché par le chef des indépendantistes flamands, qui ne souhaite pas trouver un compromis, mais aller au conflit. Ainsi, le pays qui « gouverne » l'Union européenne a fière allure en ce moment...

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Le leader du NVA Bart De Wever qui prône l'indépendance de la Flandre au sein de l'Union européenne

« Fabula acta est » a dit lundi Bart de Wever, paraphrasant l'Empereur romain Auguste. Pour lui, l'histoire de la Belgique est finie, et il s'agit de négocier au mieux la scission. Les francophones, bien qu'ils aient brisé le tabou de la séparation, ne semblent pas s'être résignés à cette idée. Pourtant, il apparaît évident que la Belgique n'est plus, que cette « Nation » créée à Londres il y a presque cent-soixante-dix ans par les Britanniques pour empêcher les Français de s'approprier le port d'Anvers et de se remettre à rêver aux frontières naturelles est dans le coma. L'avenir de la Belgique semble être de n'avoir point d'avenir, justement. Flamands et Wallons paraissent n'avoir plus rien en commun. Dès lors que cette séparation semble inévitable, peut-être serait-il opportun que la France lance un appel à ses « frères » d'Outre-Quiévrechain, pour leur dire que si tel était le cas, celle-ci serait prête à les accueillir en son sein (dans des conditions et formes à définir). Il est temps que Nicolas Sarkozy dise aux Wallons « je vous ai compris ». Il est temps que la République française assurent les francophones belges qu'elle ne les abandonnera pas et qu'elle se montrera solidaire de ceux-ci. La France ne doit plus avoir peur d'affirmer à la face du monde qu'elle envisage sérieusement, de manière démocratique, mais avec détermination, l'unification définitive de son territoire, son ambition de ramener au bercail ses enfants égarés depuis trop longtemps, et de clore un processus commencé il y a mille ans, avec l'accession d'Hugues Capet à la tête de l'État, et qui n'est toujours pas achevé. Fabula acta est ? Pour la Belgique, assurément. Pour les Wallons, ce n'est peut-être que le début d'une autre histoire.

PS : je souhaite en profiter pour rendre hommage à feu Monsieur Georges Frêche, décédé ce soir, avec qui j'ai pu avoir des points d'accords, mais surtout de désaccords, et qui, incontestablement, marquera l'histoire de la ville de Montpellier et de la région du Languedoc-Roussillon. Requiescat in pace, et que Dieu ait son âme.