Depuis quinze jours, la France est secouée d'une polémique – une de plus – sur la place de l'Islam en France. Pourquoi ? Pour cela :

« Il y a quinze ans on a eu le voile, il y avait de plus en plus de voiles. Puis il y a eu la burqa, il y a eu de plus en plus de burqa. Et puis il y a eu des prières sur la voie publique. D’abord c’était rue Myrrha, et maintenant il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. Je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c’est une occupation du territoire. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y’a pas de blindés, y’a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même et elle pèse sur les habitants. »

Évidemment, ces propos furent l'aubaine pour tous les partis politiques de faire haro sur le baudet de Marine Le Pen, tous ânonnant peu ou prou le même catéchisme visant à la diaboliser : « vous voyez ! On vous l'avait bien dit que Marine Le Pen et Jean-Marine Le Pen c'est kifkif bourricot ! » Oui, peut-être, en effet... En tout cas, comme l'explique très bien David Desgouilles, avec de tels ennemis, Marine Le Pen n'a pas besoin d'amis. De fait, je ne vais pas m'amuser à commenter une fois de plus pour savoir si en matière d'« affreux fascisme », il existe un gène qui ferait que, étant la fille d'un antisémite, aux relents négationnistes, il n'y aurait aucune chance que l'on puisse être républicaine. Il semblerait qu'il y ait beaucoup de nos compatriotes à considérer que, comparée aux autres potentiels candidats, elle n'est pas moins républicaine.

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Marine Le Pen, candidate à la présidence du Front National et candidate de ce même parti politique pour les présidentielles de 2012 en cas de victoire lors des élections internes

Des propos en phase avec le réel...

Cependant, analysons quelques instants les propos de Marine Le Pen. Que dit-elle ? Qu'il y a des manifestations de revendications de l'affirmation communautaire (pour ne pas dire communautariste) d'une partie de la population française (ou non) de confession musulmane, dont le voile (intégral ou non) serait l'expression, et donc qu'il y aurait un défaut d'assimilation à la France républicaine d'une partie de cette population. Est-ce faux ? Non. Est-ce contestable ? Je ne le pense pas. Elle nous dit aussi qu'il y a occupation illégale de l'espace public par des fidèles d'un culte – en l'occurrence ceux du culte musulman – et donc abandon de la souveraineté de la part de l'État, puisque celui-ci renonce à faire appliquer la loi républicaine qui exige qu'il n'y ait pas de troubles à l'ordre public sur l'ensemble du territoire français (or, difficile de dire que cela ne trouble pas l'ordre public quand l'on est obligé de fermer une rue entière le vendredi matin...). Est-ce faux ? Non. Est-ce contestable ? Je ne le pense pas.

De fait, je suis d'accord avec elle sur deux points précis : l'assimilation et la laïcité. Il n'y a rien d'islamophobe, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, à exiger des musulmans et de l'Islam qu'ils s'assimilent à la France comme l'ont fait tous les immigrés depuis... depuis... depuis toujours, en fait. Comme l'on d'ailleurs fait les juifs, à l'initiative de Napoléon Ier. Il est également normal que l'on demande à ceux-ci de respecter la laïcité, et donc de ne pas manifester leur ferveur religieuse dans la rue, réquisitionnant tout un espace public à leur seule volonté de manifester leur présence dans le pays. Car en effet, ces « occupations » de l'espace public sont belles et bien des attaques contre la laïcité. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, il n'y a aucun manque de place dans les mosquées en France. Ainsi, la très belle Grande Mosquée de Paris est vide... et les gens qui viennent prier rue Myrrha viennent parfois de très loin... du 78, du 92. De fait, il y a ici une ostentation, destinée à faire pression pour imposer un « certain » Islam, politique, fondamentaliste. Dès lors, face à ce qui est plus la manifestation d'un islamisme que de l'Islam lui-même, il ne faut pas avoir peur, comme Daniel Vaillant, mais se montrer courageux. Courageux ? Même pas. Simplement républicain et légaliste, et interdire cette accaparement du territoire.

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Une scène de prière musulmane dans la rue Myrrha, un vendredi matin ordinaire...

mais qui desservent la cause de la République

Cependant, il y a loin de moi d'approuver l'outrance langagière de Marine Le Pen. Parce que je pense, et j'en suis même persuadé, que par sa faute, par l'outrance permanente de son discours, elle dessert, plus qu'elle ne sert, la cause des républicains laïcs, tels que je le suis. En effet, il aurait suffit de dire qu'il était nécessaire de faire appliquer la laïcité, toute la laïcité, rien que la laïcité, et cela aurait suffit. Or, il a fallu qu'elle fasse dans la provocation, dans l'anti-fascisme d'opérette (retournement de situation assez bizarre de voir d'ailleurs un représentant du Front National adopter la même stratégie que les anti-racistes en prétendant combattre le nouveau fascisme, vert celui-ci, puisque c'est la couleur de l'Islam). De fait, en cela, Marine Le Pen nous montre que le FN n'est pas encore normalisé, qu'il reste un parti politique à part, extrémiste et outrancier (même si le contexte de la campagne interne peut faire penser qu'elle radicalise son discours pour les circonstances exigées).

Marine Le Pen, à l'inverse d'une Elisabeth Lévy par exemple, a un discours qui divise la Nation et le Peuple français, cherchant à stigmatiser une partie de notre population, alors même que le principe fondateur de la République, c'est le rassemblement au-delà de nos différences, de nos origines, de nos clivages partisans. Ayant de la famille musulmane, mais étant catholique et laïcard convaincu à la fois (je sais, cela fait beaucoup de contradictions), tout discours qui viserait à diviser la France me rebute par nature. En revanche, tout individu qui prônera le rassemblement, l'assimilation de l'Islam à la France, de tous les immigrés en général, recevra ma voix, mon soutien et même mieux, ma loyauté. Car il sera républicain. En effet, je reste et resterai intraitable sur les principes mêmes qui ont fait le succès de l'assimilation à la française et de la République : l'acceptation complète, sincère et sans rechigner des valeurs républicaines (dont fait partie évidemment la laïcité), la promotion de la seule langue française au sein de la Nation française (les langues régionales, si elles méritent le respect, n'ont pas à être valorisées par un État qui est, je le rappelle, Français), et enfin le refus de toute reconnaissance d'une communauté, hormis celle nationale.

Il existe un substrat culturel commun à tous les Français depuis des siècles, même s'il y a eu des mutations évidentes. Ce substrat culturel commun que les immigrés ont assimilé (ce qui fait qu'ils ont été assimilés par la France), et qui de tout temps a évité à la France de tomber dans le multiculturalisme, lequel engendre nécessairement communautarisme, et, au final soit, la guerre civile, soit la sécession, consiste en un héritage commun (gréco-romain, chrétien, humaniste, rationaliste-libéral des Lumières, révolutionnaire), une histoire (le fameux « roman national » !), des valeurs communes (la liberté, l'égalité, la fraternité, mais aussi la laïcité, la souveraineté populaire et nationale, la solidarité nationale, etc.), et enfin notre langue française, celle qui a permis qu'un Basque, un Corse, un Breton, un Artésien ou un Alsacien, qui n'avaient rien en commun au départ, forment une Nation. Peut-être la Nation qui, bien que paraissant toujours désunie, est celle qui a le moins de chance d'exploser en Europe. Que la France, Nation civique, ne soit pas l'Allemagne, Nation culturelle, c'est une évidence. Mais je pense à l'évidence, que refuser d'admettre qu'il puisse exister une culture française, qu'accepter le multiculturalisme, sera le meilleur chemin pour nous mener à l'implosion. De toute manière, les multiples exemples tout au long de notre histoire, des Cathares aux Girondins, en passant par la « République de La Rochelle », nous ont montré que tout communautarisme, toute tentative de fragmentation du corps national avait été rejeté par le Peuple français. Cette conception de la société est contraire à son essence, qui est celle du mélange. En définitive, je crois sincèrement que seule l'assimilation universaliste, libérale et égalitaire, que la République a toujours pratiqué, de manière encore plus forte que la monarchie et l'Empire, est capable de maintenir la cohésion sociale en France.

On ne peut être Français en se construisant en opposition à ce qu'est la France. Ainsi, en s'assimilant, les immigrés dans leur ensemble (plutôt que de se contenter de parler des musulmans, élargissons un peu) ne subiront plus aucune discrimination, comme je n'en subis pas malgré mon patronyme outre-méditerranéen, comme les assimilés n'en subissent pas, tout simplement parce qu'ils seront assimilés... Je vais me répéter, mais comme politique anti-raciste, on a pas inventé mieux que l'assimilation : « à Rome, fais comme les Romains et ils te verront comme l'un des leurs ». La culture française existe, celle-ci doit être assimilée. Si, dans la sphère privée, dans sa spiritualité, chacun est libre, tant qu'il respecte nos codes, nos valeurs, dans la sphère publique nous n'avons qu'à être des Français, uniquement des Français, rien que des Français.

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La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, symbole de l'universalisme libéral et égalitaire français depuis 1789

« L'Islam dehors ! » ? Non. L'Islam de France !

Alors, voilà. Certains pensent que le problème fondamental dans tout ça, ce ne sont pas les prières dans la rue, ce n'est pas le voile, ce n'est pas l'islamisme, mais l'Islam, lui-même. Cette religion serait intrinsèquement incompatible avec la République et la France. Intrinsèquement rétrograde. Intrinsèquement totalitaire. Permettez-moi d'en douter... Nous avons bien réussi à laïciser l'Eglise catholique. Nous avons bien réussi à adapter le judaïsme à la France. Pourquoi ne réussirions-nous pas avec l'Islam, si nous nous en donnons les moyens ? Ces moyens, je les ai exposé plus haut : c'est l'assimilation et l'inflexibilité de notre caractère républicain et laïc (oui, l'assimilation en somme, mais je voulais faire une phrase plus longue, pardon). Est-ce trop jacobin ? Peut-être... Néanmoins, le discours jacobin assimilateur, et plus encore son application concrète, est ce qui a permis à des millions d'immigrés (cf. les Italiens, Espagnols, Polonais, Belges, une partie de ma famille, etc.) de se sentir et d'être considérés comme parfaitement Français, aujourd'hui. Pas si mal, quand même, pour un système pourri, prétendument générateur d'anomie, et qui donc ne marcherait pas, non ?

Pour ma part, je ne doute pas que les populations arabo-musulmanes, pour englober (mal) tout ce beau monde dont on parlait, soient en voie d'intégration. Pour la majorité, d'ailleurs, les musulmans s'intègrent. Et même bien. Pour l'assimilation, ce n'est pas encore tout-à-fait ça... mais je ne désespère pas que dans une ou deux générations, nous y parvenions. C'est normal, cela prend plus de temps. Cependant, pour cela, il faudra se montrer aussi intraitable avec l'Islam politique que l'on le fut avec le catholicisme politique il y a un siècle. Il faut donc, sans plus attendre, et sans faillir, laïciser l'Islam, comme on a laïcisé l'Église de France, et le forcer à accepter la République, que cela lui plaise ou non. Comment ? En utilisant la même méthode que Napoléon Ier avec les juifs en 1806 : en les obligeant à changer les pratiques et commandements contraires à la République. Pourquoi ce qui fut possible pour les juifs (même si je dois reconnaître depuis la Seconde Guerre mondiale et les conflits israelo-arabes un repli communautariste), ne le serait-il pas avec les musulmans ? Dès lors, il revient à l'État de refuser la politique des « accommodements raisonnables ». Son rôle, c'est de défendre la laïcité et donc la République. Il ne lui incombe pas de la saborder.