Avez-vous entendu parler de PricewaterhouseCooper ? Non ? Eh bien, vous ne vous en porterez pas plus mal ! Il s'agit d'une société de conseil et d'audit. Jusque là, rien de très croquant à se mettre sous la dent. Jusqu'à ce que je lise cet article. Car « PWC » (pour les intimes), entend prédire l'ordre économique mondial en 2050, alors mêmes que personne ne fut capable de prévoir l'ordre économique de 2010 correctement (certains se rappellent-ils encore qu'en 1980, on voyait l'URSS être devant les États-Unis et le Japon en première puissance mondiale ?), et encore moins la crise économique et sociale qui nous est tombée dessus en 2008...

Ainsi, on nous apprend, avec tout le sérieux qui soit, que la France ne sera plus que au onzième rang économique mondial avec 5 344 milliards de $, contre le cinquième actuellement (2 649 milliards de $), derrière le Royaume-Uni (5 628 milliards de $), actuelle sixième puissance économique mondiale avec 2 175 milliards de $, en terme de produit intérieur brut nominal (oui, parce que franchement, le PIB à parité de pouvoir d'achat, c'est vraiment n'importe quoi alors que la puissance d'un pays par rapport à un autre se compare en terme de taux de change, c'est-à-dire en PIB nominal). À noter que la banque britannique HSBC était bien plus sympathique avec nous puisqu'elle nous offrait un royal... neuvième rang... trois rangs derrière le Royaume-Uni qui, on ne sait pourquoi, parviendrait à se maintenir à son sixième rang (sauf que HSBC veut croire encore que sa chère Patrie est cinquième alors que désolé, non, vraiment désolé, mais les « froggies » sont repassés devant en 2008). De fait, j'ai bien ri en lisant l'article et j'espère que vous en ferez autant !

Ridicule, cet article l'est dès le départ, donc. Et ça ne s'arrête pas là. Actuellement, la France a presque 500 milliards de $ d'avance en terme de PIB sur sa meilleure ennemie d'Outre-Manche, laquelle est en réalité talonnée par l'Italie (2 113 milliards de $ de PIB pour nos amis transalpins). Or, qui peut croire qu'en coupant drastiquement dans les dépenses publiques, en augmentant férocement les impôts, comme le fait l'actuel cabinet conservateur de David Cameron, au point que ce soit 100 milliards d'€ de purge budgétaire que vont subir les Britanniques en trois ans, il soit possible de maintenir une croissance forte ? Il est vrai cependant que le Royaume-Uni n'a pas sur le dos le poids de l'€ et qu'elle peut dévaluer en toute quiétude sa £...

Mais le plus drôle, c'est encore lorsque PWC nous annonce que la France va connaître en quarante ans, un accroissement démographique de seulement 0,2%, passant ainsi de 65 447 374 habitants aujourd'hui à seulement 65 578 269 en 2050. Ainsi, les voilà encore plus pessimistes que l'INSEE, laquelle ne nous prévoit que 70 millions d'habitants, quand la majorité des démographes parient sur environ 75 millions. Mais que se serait-il donc passé en France pour que nous soyons si peu nombreux alors que nous avons la plus forte démographie d'Europe (Irlande exceptée) ? Une guerre civile ? Une épidémie ? Le retour de la Peste Noire ? Mystère et boule de gomme... D'autant plus surprenant que le Royaume-Uni, on ne sait pourquoi, aurait une croissance démographique de 0,3% sur la même période, passant donc de 61 335 234 à 61 519 240 habitants. Bon, ce n'est pas bien glorieux non plus, mais chez eux, ça peut s'expliquer, puisque leur taux de fécondité n'étant que de 1,8 environ (contre 2,01 en France) il n'est pas suffisant (le taux suffisant étant de 2,1) pour renouveler les générations sans faire appel à l'immigration. Il n'empêche, qu'on m'explique comment le Royaume-Uni aurait fait pour nous mettre 800 milliards de $ (de -500 à  +300) dans la vue en 40 ans, en menant une telle politique ultra-libérale et en ne parvenant pas à combler son retard démographique ? Là, aussi, il n'y a pas de réponse.

Moi aussi, je veux jouer à Madame Soleil !!!

Donc, après tout, puisque Pricemachinchouette s'amuse à jouer aux devins, pourquoi ne pourrai-je pas le faire également ? Ainsi, je vous annonce donc mes prévisions économiques pour 2050 pour les principaux pays, parce qu'il n'y a pas de raisons que je ne puisse pas, moi aussi, m'amuser à vous débiter des conneries :

  • La France : elle sera devenue le premier pays européen en nombre d'habitants avec une population de 77 millions d'habitants, l'immigration n'ayant été que peu contrôlée comme dans les décennies précédentes et venant s'ajouter au solde positif des naissances. Décrochant ainsi ses voisins européens, profitant d'un PIB/habitant historiquement supérieur à celui de l'Allemagne, de la deuxième superficie maritime mondiale qui en fait le cinquième pays le plus grand du monde surface terrestre et maritime confondue, de l'abandon de l'€ en 2013 lui permettant des dévaluations compétitives fondées sur un cycle inflation-désendettement-relance des exportations, et enfin d'un modèle social pas si idiot que cela lui assurant une croissance stable aux alentours de 2,5% à partir des années 2020, elle aura repris la place qui lui sied le mieux, celle de première puissance européenne, à partir de 2042. Cependant, bien que le budget sera enfin équilibré, et le chômage stabilisé aux alentours des 6% à partir de 2035, la dette publique ne se réduira pas en dessous du stade de 75% du PIB à partir de 2044, toute politique active de réduction de celle-ci étant alors abandonnée.

  • L'Allemagne : bien qu'ayant connue une embellie dans les années 2010, grâce aux lois Hartz de dérèglementation et de dumping social, l'Allemagne aura souffert d'un fort vieillissement de sa population et de sa phobie de toute politique légèrement inflationniste ou de souplesse budgétaire. Ainsi, n'ayant plus que 73 millions d'habitants, malgré l'appel à l'immigration, et un PIB/habitant inférieur à celui de sa voisine française, l'Allemagne aura dû se résoudre à devenir la deuxième puissance économique européenne. Mais l'honneur sera sauf avec une inflation limitée à 0,5% à partir de 2039, une dette publique ramenée à 60% du PIB et un équilibre budgétaire systématique dans les années 2040.

  • Le Royaume-Uni : empêtré dans son idéologie néo-libérale nocive et appauvrissant l'immense majorité de la population, le Royaume-Uni sera incapable de connaître de nouveau les années florissantes de l'époque Tony Blair. Connaissant un accroissement démographique limité (63 millions d'habitants), devant entretenir une famille régnante absolument inutile mais dispendieuse, la croissance sera limitée à 2% du PIB en moyenne, les Britanniques ne pouvant plus bénéficier de l'aide de l'€ (je ne dis pas « € fort », c'est un pléonasme) après 2013 pour doper leur croissance en dévaluant la £. Le Royaume de Sa Très Gracieuse Majesté restera donc en troisième position économique au niveau européen, avec un endettement public faible à force de « thérapies de choc » (la dernière après la crise économique mondiale de 2036-2038), mais celui privé dépassant les 200% du PIB, et un chômage légèrement supérieur à celui de la France.

  • L'Italie : minée par la corruption, la mafia, le berlusconisme et la mollesse de sa gauche, l'Italie ne parviendra pas à se relever dans le siècle qui s'annonce. Sa natalité catastrophique (faisant passer le pays à seulement 55 millions d'habitants) couplée à une politique anti-immigration, et à tout ce que j'ai dis encore dans la phrase d'avant (oui, je sais, c'est mal formulé). De plus, avec un État-Providence en déliquescence et une dette publique monumentale de 130% du PIB (stabilisée à partir de 2046), ainsi qu'un chômage de plus de 10%, ils ne pourront recoler au podium européen, et seront même amenés à se faire dangereusement rattraper par l'Espagne.

  • L'Espagne : bien que les Espagnols aient la drôle d'habitude de ne pas travailler quand le monde entier s'active (c'est-à-dire entre 14 heures et 17 heures), ils parviendront à accrocher l'Italie, grâce à une politique d'immigration massive (car les Espagnols ne sont pas beaucoup plus féconds que les Italiens), passant de 46 951 532 habitants à 53 millions, sans parvenir cependant à rattraper les trois premiers (faut pas plaisanter non plus). Leur chômage diminuera de moitié pour se situer à environ 10% et leur dette publique se stabilisera à 70% du PIB dans les années 2040, même si leur endettement privé restera problématique.

  • Dans le monde autour de nous : les États-Unis déclineront au profit de l'Inde et de la Chine, abandonnant à la seconde leur première puissance économique mondiale avec la crise économique de 2036-2038, mais parvenant tout de même à empêcher la première d'être seconde (pas trop perdus ?). Le Japon, qui aura perdu 15 millions d'habitants pour passer à 111 millions d'habitants seulement, reculera en cinquième position, derrière le Brésil, nouvelle quatrième puissance mondiale, bien plus grâce à ses 250 millions d'habitants que grâce à sa productivité hors-du-commun... La Russie, elle, en n'ayant plus que 120 millions d'habitants, perdra toute chance de réintégrer le top10 économique mondial après le choc des hydrocarbures de 2041 (lié au booms des énergies alternatives) et devra se contenter de la treizième place (quelle poisse !). Enfin, la Corée du Sud que Pricemachinchouette voyait en 2000 comme la future troisième puissance mondiale en 2050 (oui, vous avez bien lu) aura presque réussi son pari en terminant... quinzième. C'est pas passé loin, comme on dit !

Ici, un tableau récapitulatif des dix premières puissances mondiales avec PIB nominal en 2050 :

Rang

Nations

PIB nominal en milliards de $

1

Chine

46 435

2

États-Unis

43 564

3

Inde

37 909

4

Brésil

10 980

5

Japon

8 234

6

France

6 744

7

Allemagne

6 221

8

Mexique

5 987

9

Royaume-Uni

5 561

10

Indonésie

5 234

Vous n'êtes pas d'accord avec moi ? Rendez-vous dans quarante ans, alors !