Que reproche-t-on à Laurent Blanc exactement ? C'est la question que l'on est en droit de se poser. Car l'homme est cloué au pilori médiatique depuis trois jours pour avoir osé poser le problème des binationaux (et accessoirement des critères de sélection et détection des jeunes joueurs). Je ne reviendrai pas sur tous les aspects et toutes les polémiques latérales à cette polémique centrale, comme le fait que les centres de formation de l'OL et de l'OM feraient de la discrimination ethnique, chose parfaitement censée si l'on regarde quelques-uns des derniers joueurs qu'ils ont sortis, tous bien blancs évidemment : Sidney Govou, Karim Benzema, Hatem Ben Arfa, ou encore Alexandre Lacazette pour Lyon ; Samir Nasri, André et Jordan Ayem pour Marseille. De même, je ne rentrerai pas dans le débat de la sélection des jeunes joueurs censés être nos futurs « grands », laquelle se fait trop tôt à mon avis, et sur des critères biaisés, privilégiant la puissance physique et l'explosivité sur la technique, la créativité et l'intelligence. Combien de joueurs comme Franck Ribéry et Mathieu Valbuena, boudés par les centres de formation, et qui ont dû végéter après dans de petits clubs amateurs ou de National, sans avoir eu la chance comme les deux cités auparavant d'être repérés, l'un par Metz, l'autre par Marseille ? Enfin, je ne reviendrai pas sur la suspension hâtive dont a été victime le Directeur technique national (DTN) François Blaquart alors même que l'enquête ne fait que commencer.

 

Non, je ne rentrerai pas dans le débat, je ne commenterai pas cela, et m'en tiendrai aux seuls propos tenus lors de la réunion de la Direction technique nationale (DTN encore une fois) où était présent Laurent Blanc, le 8 novembre 2010. Ces propos rapportés par Mediapart – le journal du célèbre Edwy Plenel, vous savez... l'homme qui s'extasie devant les nationalistes corses du genre Jean-Guy Talamoni mais n'a pas de mots assez durs pour les républicains souverainistes qu'il insulte de « néos-réacs » – je les ai lu sur le site du journal sportif L'Equipe (je n'allais tout de même pas donner de l'argent à Mediapart pour lire un extrait que je pouvaire lire dans tous les journaux de manière gratuite). Voilà ce qu'il s'est dit (article en entier, disponible ici) :

 

Erick Mombaerts : Est-ce qu'on s'attelle au problème et on limite l'entrée du nombre de gamins qui peuvent changer de nationalité ?

Laurent Blanc :Moi j'y suis tout à fait favorable. Sincèrement, ça me dérange beaucoup (...) A mon avis, il faut essayer de l'éradiquer. Et ça n'a aucune connotation raciste ou quoi que ce soit. Quand les gens portent les maillots de l'équipe nationale des 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, Espoirs, et qu'après ils vont aller jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines, ça me dérange énormément.

Erick Mombaerts : Donc il faut 30% ? Un tiers de gamins qui peuvent changer (de nationalité, ndrl) ?

François Blaquart : Même pas. On peut baliser, en non-dit, sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit.

Francis Smerecki : Si le mec a envie d'être international, c'est quand même normal qu'il aille vers un pays où il va pouvoir jouer. Je pense que c'est humain quand même ! (…) Première chose, c'est discriminatoire (…) Ce qui me gêne sur le fond, c'est (qu'il y a) celui qui a la possibilité d'être français-français et d'aller avec Laurent, et celui, parce qu'il n'a pas assez d'aptitudes et de talent pour aller avec Laurent et qui va aller dans un autre pays, et c'est celui-là que vous voudriez éliminer. C'est impossible.

François Blaquart : C'est pas forcément l'éliminer.

Francis Smerecki : Le limiter ? Ça veut dire que vous allez garder lesquels ? Les blancs ? Les moins bons ?

Laurent Blanc : On veut pas éliminer les étrangers, pas du tout, mais faire en sorte que les pôles Espoirs ou les pôles de la DTN testent sur des critères mieux définis pour pouvoir attirer d'autres personnes, parce que si on a toujours les mêmes critères, y aura toujours les mêmes personnes (...) Qu'est-ce qu'il y a actuellement comme grands, costauds, puissants ? Les blacks. Et c'est comme ça. C'est un fait actuel. Dieu sait que dans les centres de formation, dans les écoles de football, ben y en a beaucoup (...) Je crois qu'il faut recentrer, surtout pour des garçons de 13-14 ans, 12-13 ans, avoir d'autres critères, modifiés avec notre propre culture (...) Les Espagnols, ils m'ont dit: "Nous, on n'a pas de problème. Nous, des blacks, on n'en a pas".

Erick Mombaerts : Est-ce qu'on peut essayer de proposer avant la fin de l'année un projet (...), s'attaquer à quelques croyances bien établies, notamment le jeu, au détriment peut-être de l'individu. Mais le jeu, forcément, ça va être d'intégrer d'autres types de joueurs. Parce que le jeu, c'est l'intelligence, donc c'est d'autres types de joueurs.

 

La discussion s'arrêta là. Que conclure dès lors à l'issue de cette réunion qui tente avant tout de résoudre des problèmes techniques ?

Premièrement, que, contrairement à ce que dit Mediapart, le premier à mettre sur la table la question raciale est Francis Smerecki, qui considère comme normal qu'un joueur puisse aller jouer pour une autre équipe nationale alors qu'il a fait toutes ses gammes pour la France en jeunes.

Deuxièmement, que Laurent Blanc continue de s'opposer à la réglementation actuelle de la FIFA – rédigée afin que Monsieur Sepp Blatter puisse tranquillement être réélu à chaque fois dans un fauteuil – autorisant des joueurs à jouer pour une équipe nationale d'un pays dont ils sont originaires (peu importe que cela soit de par leurs parents ou leurs arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-parents) alors même qu'ils ont déjà joué pour l'équipe nationale du pays où ils vivent et ils sont nés, y compris chez les A lorsqu'il ne s'agit que d'un amical. Doit-on rappeler qu'il l'avait fait publiquement il y a peu de temps sur le plateau du Canal Football Club, et qu'à l'époque personne n'avait hurlé au scandale ?

Troisièmement, que Laurent Blanc est toujours déterminé à privilégier la technique, l'intelligence de jeu et la créativité sur le physique, la seule puissance et la force. Comment peut-on être admiratif du jeu de l'Espagne et se plaindre que Laurent Blanc souhaite que la France renoue avec un jeu digne de son rang footballistique (pour rappel, une Coupe du monde plus une place de finaliste, deux Euros, deux Coupes des confédérations et une médaille d'or aux Jeux Olympiques...) ? Devrait-on continuer de ne sélectionner que le même type de joueurs afin d'être sûrs que l'on ne hurlera pas à la discrimination raciale ? Doit-on poursuivre Laurent Blanc pour préférer le beau jeu chaloupé par rapport à l'anti-jeu digne d'un match du Real Madrid version José Mourinho ? Et pourquoi alors, n'a-t-on pas poursuivi Anne Lauvergon lorsqu'elle disait qu'elle ne voulait plus de « mâles blancs » dans les conseils d'administration lors d'une intervention au Women's Forum?

Quatrièmement, les propos utilisés sont plus que maladroits, parfois choquants il est vrai, et montrent que l'on a pas affaire à des professionnels de la communication. Cependant, ne s'agissait-il pas d'une réunion interne, et donc non-soumise aux impératifs de celle-ci ? Avoir un langage direct et cru permettait peut-être de ne pas se perdre dans des circonvolutions qui n'auraient fait qu'embuer le débat entre des personnes qui ne sont pas des intellectuels faut-il encore le rappeler. Quoi qu'il en soit, je ne crois pas avoir lu un seul propos raciste, sinon de la part de Francis Smerecki qui de manière implicite sous-entend que blanc est égal à mauvais dans le football, mais simplement l'évocation d'un constat que chacun peut faire en regardant Jour de Footle samedi soir ou n'importe quel match de l'Équipe de France.

Mais il me reste encore une question : n'est-il pas problématique que de telles informations aient pu fuiter dans la presse (à l'image de ce qu'il s'est passé à Knysna) ? Et la personne qui a donné ces informations, n'aurait-elle pas dû avoir le courage de ses opinions, démissionner et convoquer la presse pour dénoncer ce qu'elle n'approuvait pas plutôt que de continuer à profiter de la rémunération que lui donne la Fédération française de football (FFF ou encore 3F) ?

 

Finalement, la meilleure réponse, c'est encore Laurent Blanc qui la donna par ce communiqué :

« Je ne retire rien aux propos que j'ai tenus hier. Que certains termes employés au cours d'une réunion de travail, sur un sujet sensible et à bâtons rompus, puissent prêter à équivoque, sortis de leur contexte, je l'admets et si, pour ce qui me concerne, j'ai heurté certaines sensibilités, je m'en excuse. Mais être soupçonné de racisme ou de xénophobie, moi qui suis contre toute forme de discrimination, je ne le supporte pas.

Il faut être de mauvaise foi pour ne pas voir que le débat auquel j'ai participé n'avait évidemment pas pour objectif de «diminuer le nombre de noirs et d'arabes dans le football français» comme voulait le laisser entendre le titre outrancier de l'article, mais uniquement d'envisager le futur du football français et donc d'aborder, par voie de conséquence, le lourd et délicat problème des joueurs à double nationalité ainsi que les modalités de détection/sélection pour un nouveau projet de jeu.

Que cela ait des incidences, à moyen ou long terme, sur les différents profils de joueurs en préformation ou en formation, c'est l'évidence, mais il n'y a là aucun lien, strictement aucun, avec une préférence ou un rejet de telle ou telle nationalité.

Mon seul souci est d'avoir de bons joueurs pour une bonne Équipe de France, qu'ils soient petits ou grands, quels que soient leur lieu de naissance ou leurs ascendances.

C'est assez facile à comprendre sauf, apparemment, pour ceux qui, pour des motifs qui m'échappent, mais avec des procédés douteux, mélangent tout et font un mal considérable, et pas seulement au football français. »

 

Que dire après cela ? Juste qu'il a raison sur toute la ligne et que l'on ne peut être que d'accord à 100% avec lui. Avec ses collègues de la DTN, il a tenté de poser le problème des binationaux formés par les instances fédérales (en plus des critères de sélection) qui s'en vont ensuite jouer pour d'autres sélections nationales (pour des raisons X ou Y). Mediapart, toujours très bien intentionné comme on le sait (Éric Woerth peut en témoigner), a transformé cela en : « ils ne veulent plus de noirs et d'arabes ». Ce qui est bien évidemment faux. Petite remarque au passage, il est étonnant de voir Mediapart défendre avec tant de vigueur la discrimination positive en politique, dans les médias, dans les entreprises, etc. et faire mine de s'offusquer d'une discrimination positive qui existerai (et qui n'existe même pas) dans le football...

Comment oser dire que Laurent Blanc est raciste ? Qui a nommé Florent Malouda, Alou Diarra et Samir Nasri capitaine ? Qui a fait jouer Karim Benzema même quand il était remplaçant au Real Madrid ? Qu'on me rappelle le nombre de blancs par rapport aux « minorités visibles » en Équipe de France ! Comparons les équipes alignées par Laurent Blanc et les noms des journalistes de Mediapart.

 

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La première équipe alignée par Laurent Blanc lors du match amical Norvège-France (2-1) le 10 août 2010 : 2 blancs, 2 arabes et 7 noirs : alors, raciste, Lolo ?

 

On peut se demander lequel des deux entre Laurent Blanc et Edwy Plenel – le roi des donneurs de leçons, se permettant d'insulter et de mépriser ses interlocuteurs – est le plus raciste après avoir vu cela... La manière d'Edwy Plenel d'accuser ainsi le sélectionneur des Bleus ressemble étrangement aux méthodes des journaux d'extrême-droite de l'Entre-Deux-Guerres qui ont été jusqu'à pousser Roger Salengro au suicide, ministre de l'Intérieur du Front Populaire. Le degré n'est certes pas le même, mais la méthode est similaire.

 

Plus simplement, peut-on se demander sereinement s'il n'est pas anormal de voir la France (par nos impôts, puisque la majorité des revenus de la 3F viennent de subventions étatiques), et le football français plus particulièrement, dépenser des fortunes pour voir d'autres pays qu'ils soient européens, africains, sud-américains, etc. en profiter au final ? La France n'a pas vocation a accueillir toute la misère du monde, et n'a pas non plus vocation à financer toutes les fédérations sportives du monde. Au risque de passer pour un sans-cœur, je vais le dire comme je le pense : je n'en ai rien à faire que les binationaux qui ne jouent pas pour nous n'aient pas eu le talent pour intégrer l'Équipe de France (quoi que ça reste à voir... car des joueurs comme Didier Drogba, Frédéric Kanouté ou encore Moussa Sow auraient largement eu leur place) et ne cherche ainsi qu'à compenser en allant jouer pour des sélections moins performantes. Pour moi, il m'apparaît absolument inadmissible que nous payons (je parle de la FFF, les clubs poursuivant une autre logique sportive) pour former des joueurs qui bénéficieront à d'autres sélections nationales. Cela m'embête que mes impôts servent à ça, car au cas où certains ne le sauraient pas former un joueur de football professionnel coûte cher, très cher, car il est pris dès son adolescence jusqu'à l'âge adulte. Or, la FFF n'a pas vocation à former des joueurs pour le monde entier mais uniquement pour la France. Bien souvent, on oublie que nombre de joueurs ne veulent absolument jouer pour une équipe nationale que dans le but d'augmenter leur valeur marchande lors d'un transfert ou d'une renégociation salariale. Ils agissent donc comme des mercenaires, ce qui venant d'un milieu totalement pourri par l'argent n'est pas très étonnant.

Le cas de Ludovic Obraniak, joueur du Lille OSC n'est-il pas le plus parlant ? Ce joueur, au demeurant relativement bon, ne parle pas un mot de Polonais. Il est né et a vécu toute sa vie en France, seul son grand-père paternel avait quelques origines polonaises. Il a été formé par la FFF et a joué dans presque toutes nos sélections de jeunes. Voyant qu'il n'avait pas le niveau pour jouer pour la France, il a demandé sa nationalité polonaise en vertu du droit du sang qui existe en Pologne et l'a obtenu : en 2009, il a donc pour la première fois de sa vie posé le pied en Pologne pour y jouer avec la sélection nationale. Ne marche-t-on pas sur la tête ? A ce rythme-là, je demande la nationalité algérienne et je peux jouer pour l'Algérie ! Ou alors je demande à jouer pour la Gaule ou que sais-je encore... l'Empire romain ? Bon, il est vrai que comme ces « nations » n'existent plus, ça me sera difficile. Mais vous comprenez l'idée ? Des milliers de footballeurs n'ont pas le niveau pour être internationaux. Et quand dans ce pays il y en a 20, 30, 40, 100 qui sont meilleurs, il est inadmissible de trouver une excuse pour être international et ainsi faire gonfler sa valeur marchande (car c'est tout ce que cherche ce type de joueurs), alors que lorsque l'on joue pour une équipe nationale c'est avant tout le sentiment d'appartenance à une Nation qui compte, non ? Oh loin de moi l'idée de lancer une nouvelle polémique sur le bienfait de l'existence de la pluri-nationalité rendue possible par notre droit (et inévitable par le droit de certains pays d'émigration) !

Protectionnisme footballistique ? Peut-être bien, et j'assume parfaitement. La France sait être généreuse, mais elle n'a pas à être l'idiote du « village global » (comme aiment à dire certains) : celle qui prend des baffes et qui dit merci.